Histoire et origine
Le Berger islandais (Íslenskur fjárhundur), aussi appelé Chien de berger islandais, est une race ancienne directement liée à l’histoire de la colonisation de l’Islande.
L’Icelandic Sheepdog International Cooperation (ISIC) indique que des chiens retrouvés dans des sépultures au Danemark et en Suède, datant d’environ 8 000 ans avant J.-C., présentent déjà une forte ressemblance avec le Berger islandais actuel.
Il faut toutefois être prudent : cela ne signifie pas que ces chiens préhistoriques étaient « les ancêtres directs » du Berger islandais au sens généalogique démontré. L'ISIC parle de ressemblance. C'est plutôt un indice de l'ancienneté du type de chien nordique/spitz dont la race islandaise est issue.
1. Des origines vikings
Le Berger islandais serait arrivé en Islande avec les Vikings norvégiens lors de la colonisation de l’île, principalement à partir de la fin du IX siècle. Ses ancêtres seraient des chiens de type spitz venus de Scandinavie.
L'ISIC situe l'arrivée des Vikings norvégiens en 874 et indique qu'ils ont amené leurs chiens avec eux. Le standard officiel de la race, publié par l'ISIC, élargit la période des premiers établissements à 870–930 apr. J.-C.
C'est donc plus juste de dire :
Le Berger islandais n'est probablement pas une race apparue spontanément en Islande : il descend de chiens nordiques amenés par les premiers colons, puis il s'est différencié et adapté en Islande.

2. Pourquoi il est devenu un chien « islandais »
Une fois les chiens arrivés sur l'île, plusieurs facteurs ont contribué à leur évolution.
L'Islande était géographiquement isolée et les échanges avec l'extérieur étaient limités. Selon l'ISIC, les importations d'autres races sont restées relativement faibles pendant de longues périodes. À partir de 1901, l'importation d'animaux en Islande a même été interdite, ce qui a contribué à maintenir relativement stable la population canine locale.
Le chien s'est donc adapté à un environnement extrêmement particulier :
- climat froid et très changeant ;
- vents violents ;
- terrains volcaniques et montagneux ;
- grandes étendues peu peuplées ;
- élevage extensif ;
- nécessité de travailler avec les troupeaux dans des paysages difficiles.
Le standard de l'ISIC résume cette évolution en expliquant que le chien et sa manière de travailler se sont adaptés au terrain, aux méthodes d'élevage et aux conditions de survie particulièrement difficiles des Islandais.
C'est ce qui explique certaines caractéristiques du chien moderne : endurance, vivacité, autonomie, vigilance et capacité à travailler longtemps.


3. Un chien indispensable aux fermes islandaises
Le Berger islandais n'était pas simplement un chien de compagnie.
Il était essentiellement un chien de travail agricole, utilisé pour rassembler le bétail et notamment les moutons. Le standard officiel le classe d'ailleurs toujours comme chien de berger.
L'ISIC décrit également un chien polyvalent qui devait :
- surveiller la ferme ;
- donner l'alerte ;
- protéger les troupeaux ;
- surveiller les agneaux et les poulains ;
- réagir aux oiseaux de proie ;
- maintenir une sorte de périmètre autour de la propriété.
Cette dernière fonction est particulièrement intéressante : l'ISIC explique que le chien pouvait agir comme une « clôture vivante » autour du territoire familial.
Cela aide à comprendre pourquoi le Berger islandais est historiquement très vocal. L'aboiement n'était pas simplement un défaut ou une particularité comportementale : c'était un véritable outil de travail.
4. Les conditions de vie ont été extrêmement dures
L'histoire du Berger islandais est également celle d'une population qui a connu des périodes de grande fragilité.
L'ISIC insiste sur les épidémies, famines et catastrophes naturelles qui ont régulièrement frappé l'Islande. Ces conditions auraient contribué à sélectionner un chien particulièrement robuste et endurant.
Il existe même un témoignage écrit remontant aux récits associés au règne d'Ólaf Tryggvason, au Xe siècle, qui évoque une période de famine durant laquelle le nombre de chiens et de chevaux devait être réduit parce qu'ils consommaient des ressources alimentaires indispensables aux humains.
Cela montre quelque chose d'important : le nombre de chiens en Islande n'a jamais été constant.
5. Le chien a été tour à tour aimé… et considéré comme nuisible
C'est un aspect assez méconnu de son histoire.
Au XVII siècle, le savant danois Peder Hansen Resen, dans sa description de l'Islande, rapporte au contraire que les Islandais étaient extrêmement attachés à leurs chiens. L'ISIC cite son observation selon laquelle les habitants étaient rarement vus sans être accompagnés d'un chien.
Mais deux siècles plus tard, le regard avait changé.
En 1880, le médecin danois Dr. Krabbe décrit une situation où les chiens sont considérés comme potentiellement dangereux pour la santé publique, notamment en raison des parasites qu'ils pouvaient transmettre. Il signale également une population canine très importante : certaines fermes pouvaient posséder plusieurs chiens.
Il recommande donc de réduire fortement le nombre de chiens.
On a ainsi un paradoxe :
le même animal pouvait être considéré comme indispensable à la ferme et, en même temps, comme un problème sanitaire.
6. Le XIX siècle : le type traditionnel commence à disparaître
C'est probablement l'un des passages les plus importants de l'histoire.
Selon l'ISIC, le « Berger islandais original » a fini par ne subsister que dans des régions très isolées.
Pourquoi ?
D'abord parce que d'autres chiens de berger furent importés en Islande afin notamment d'améliorer les capacités de conduite des troupeaux. Ensuite, parce que les autorités devenaient de plus en plus préoccupées par les problèmes sanitaires associés à la population canine.
Il y eut donc une dilution progressive du type traditionnel.
Autrement dit, contrairement à une idée parfois répandue, le Berger islandais n'est pas resté parfaitement « pur » depuis l'époque viking.
Il y a eu des introductions, des croisements et une forte réduction de la population.
7. Le rôle étonnant de Mark Watson
C'est ici qu'intervient un personnage assez extraordinaire : Mark Watson, un Anglais passionné par l'Islande et ses chiens.
L'ISIC indique qu'il visita l'Islande à de nombreuses reprises entre 1930 et 1970.
Dans les années 1950, Watson entreprit de sélectionner certains des meilleurs représentants du chien islandais et en emmena plusieurs à l'étranger, notamment pour les faire reproduire en Californie.
Et cela provoqua paradoxalement une prise de conscience en Islande.
Certains Islandais commencèrent à se demander :
« Sommes-nous en train de perdre notre propre chien national ? »
Des passionnés islandais entreprirent alors, en partie avec la collaboration de Watson, de sauvegarder les chiens qu'ils considéraient comme les représentants les plus authentiques du type traditionnel.
8. 1969 : une étape capitale
La création du Icelandic Kennel Club (HRFÍ) en 1969 constitue une étape majeure.
L'ISIC indique que la protection du Berger islandais faisait partie des objectifs fondamentaux de cette organisation. Le chien était désormais considéré non seulement comme un animal de ferme, mais comme une partie du patrimoine culturel islandais.
Cette idée est encore centrale aujourd'hui.
Le standard officiel de l'ISIC parle explicitement du Berger islandais comme d'un « cultural inheritance of Iceland », c'est-à-dire un héritage culturel de l'Islande.
Le travail de conservation s'est ensuite internationalisé.
L'Icelandic Sheepdog International Cooperation (ISIC) a été fondée en 1996, à l'initiative notamment de Guðrún Ragnars Guðjohnsen, alors figure importante du Kennel Club islandais et de la préservation de la race.
L'objectif n'est pas simplement de produire davantage de chiens.
L'ISIC cherche à préserver simultanément :
origine → type → aptitudes au travail → santé → diversité génétique.
C'est particulièrement important pour une race dont la population a été historiquement réduite.

9. Une histoire que l'on peut résumer en 7 étapes
| Période | Événement |
|---|---|
| ≈ 8000 av. J.-C. | Chiens nordiques anciens présentant des ressemblances avec le type du Berger islandais |
| IX siècle | Des Scandinaves/Vikings arrivent en Islande avec leurs chiens |
| 874–930 | Colonisation et installation progressive de la population islandaise |
| Moyen Âge → XIX | Adaptation du chien au travail agricole et au climat islandais |
| XIX siècle | Maladies, préoccupations sanitaires, croisements et importation d'autres chiens → déclin du type traditionnel |
| 1930–1970 | Mark Watson s'intéresse aux chiens islandais et participe à leur sauvegarde |
| 1969 → aujourd'hui | Organisation de la conservation, reconnaissance comme patrimoine culturel et coopération internationale via l'ISIC |